Histoire de l’église et du quartier des pentes de la Croix-Rousse, Lyon 1er

Trois églises au cœur des Pentes et une chapelle :

  • Saint-Polycarpe,
  • Le Bon Pasteur
  • et Saint-Bernard

Vers l’an 1500, tout le coteau sur lequel s’élèvent ces trois églises était en grande partie planté de vignes parmi lesquelles se trouvaient des recluseries : celle de Saint Sébastien et celle de Saint Clair. Les recluseries étaient de petits ermitages placés en divers endroits de la ville, dans lesquels s’enfermaient des personnes pour toute leur vie ou momentanément.


Saint-Polycarpe

portepoly-a2c5cSituée entre les rues René Leynaud, Burdeau et les passages Mermet et Thiaffait, l’église Saint-Polycarpe, imbriquée entre des immeubles de canuts et des rues étroites, est l’ancienne église des Oratoriens.

La congrégation des pères de l’Oratoire, instituée à Rome en 1554 par Philippe Néri, fut établie en France en 1613 par le père de Bérulle (cardinal en 1624). L’archevêque de Lyon, Denis de Marquemont, souhaitait son implantation à Lyon.

La congrégation s’installa tout d’abord à la Manécanterie du Cloître Saint-Jean, le 2 décembre 1616. L’année suivante, les Pères achetèrent la maison verte sur la colline de Saint Sébastien. Une fois installés, ils firent élever une chapelle dédiée aux Grandeurs de Jésus. Une somme de 15000 livres fut accordée par le Consulat et, 1665 vit le début de la construction de l’église.

L’église fut achevée en 1670, à l’exception de la façade qui ne sera construite qu’en 1756 par l’architecte Toussaint Loyer. Dans le même temps, les sculptures de Marc Chabry l’embellirent.

Donc, l’église actuelle apparaît principalement par sa façade monumentale, classique, avec pilastres et chapiteaux corinthiens. Elle porte sur elle les blessures des boulets des troupes de la Convention lors du siège de Lyon de 1793.

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Elle est composée de sept travées de 3,25 m de largeur sur 5,50 m de hauteur, formant la grande nef. Six tribunes à balustrades surmontent de chaque côté six arcades et sont placées elles-mêmes au-dessus d’une galerie qui fait le tour de l’intérieur de l’église. Les pilastres font 1,50 m de largeur. La grande nef a environ 10 m de large entre les pilastres ; la largeur totale de l’église est de 20 m et sa hauteur de 18,50 m. La nef est longue de 32,50 m ; la hauteur du dôme est de 28 ou 33 m.

Dans cette vaste architecture typique des églises conçues selon la théologie du Concile de Trente (1563) prend place l’espace liturgique propre aux dispositions du deuxième Concile du Vatican (1965).


Le 19 juin 1791, l’église des Oratoriens devint l’église paroissiale Saint-Polycarpe. Le premier curé de la nouvelle paroisse fut l’abbé Rozier, prêtre constitutionnel. En 1793, année meurtrière pour Lyon, les assauts de la Convention laissèrent des cicatrices sur la façade : un boulet de canon lancé des Brotteaux tua l’abbé Rozier dans son lit le 29 Septembre.

arton28-986f1De 1826 à 1836, une nouvelle campagne d’agrandissement s’opéra sous la pression de la Fabrique (Conseil paroissial). Le Maire de Lyon, Lacroix-Laval, donna 20 000 francs pour l’indemnisation d’un terrain et la Fabrique s’en servit pour financer le début des travaux. L’escalier du passage Mermet fut construit en 1828. Puis, en 1834, l’église fut agrandie avec le prolongement de la nef, l’élévation du transept, le chœur et la coupole.

Le coût définitif s’élevait à plus de 300 000 francs, et la Fabrique demande de nouveau l’aide de la municipalité, laquelle refusa. Le clocher de pierres à l’angle nord-ouest ne verra alors jamais le jour.

polycarpe3x-9f77cEn 1840, l’orgue fut fabriqué et installé par Augustin Zeiger. La boiserie, en noyer, est l’œuvre de Bossan. Il fut inauguré le 12 mars 1841, en présence du maire et du préfet. C’est un orgue de grandes dimensions et d’une sonorité remarquable.

Le cœur de Pauline-Marie Jaricot, fondatrice de l’œuvre de la Propagation de la foi, repose dans une chapelle de l’église, son corps ayant été tout d’abord transporté au cimetière de Loyasse, puis rapatrié à Saint-Nizier où elle a souvent prié.

De 1852 à 1856, l’embellissement intérieur fut confié aux artistes en vogue : Desjardins (architecte), Denuel (décorateur), Janmot (peintre) et Fabisch (sculpteur). La chaire fut posée en octobre 1864, l’abat-son en chêne est de Bossan.


Glossaire

  • Abbé Rozier (1734-1793) : prêtre constitutionnel (il a prêté serment à la Constitution schismatique votée en Juillet et Août 1790). Agronome et botaniste de renom, il succéda à Bourgelat à l’école vétérinaire. Une rue voisine de l’église rappelle son souvenir.
  • Pauline-Marie Jaricot (1799-1862) : elle naquit dans une riche famille lyonnaise. Alors qu’elle venait d’avoir 20 ans, elle demanda aux gens les plus humbles d’offrir un sou chaque semaine pour le soutien des missions catholiques lointaines. Grâce au soutien de Benoît Coste, son œuvre prit le nom d’œuvre de la Propagation de la Foi. Elle créa le « Rosaire vivant » afin de rechristianiser le prolétariat, et fonda l’œuvre des ouvriers avec le curé Pierre Gourdiat. Sa fortune fut engloutie par l’échec de son « usine chrétienne ». Elle mourut ruinée.

Sources : Manuel de Saint-Polycarpe (1896).

L’église Saint-Polycarpe est ouverte chaque mardi et chaque vendredi de 15 h 30 à 18 h.

La chapelle des sœurs de Saint-François d’Assise

arton61-a32ccLa Chapelle des sœurs de Saint-François d’Assise fut construite en 1865. En 1923-1924, une coupole éclairante fut ajoutée au-dessus de l’autel : 2000 verres ronds de Saint Gobain donnent l’impression d’un ciel ouvert et créent une couronne lumineuse d’aspect joyeux. Cette coupole a été conçue par Michel Roux-Spitz, architecte à Lyon, et réalisée par Monsieur Dindeleux de Paris. Les verres ont été colorés en 1964 au moyen de disques de couleur collés sur chaque verre.

francois1-00776Les cinq tonnes de pierre de taille, nécessaires à l’autel, au socle de la Vierge et au bénitier, proviennent de Notre Dame des Lumières, dans le Vaucluse. La statue de la Vierge et de l’Enfant a été sculptée par Monsieur Feltrin.  Les vitraux ont été réalisés par l’artiste peintre suisse Paul Schmidt. Ils illustrent le Cantique des Créatures de Saint François d’Assise : au fond de la chapelle, le vitrail « A Toi louange et gloire », sur le mur latéral, le 1er vitrail, Frère Soleil, le 2ème, Frère Vent, le 3ème, Sœur Eau et le 4ème, Frère Feu.

Depuis que l’église Sain-Bernard est désaffectée à cause du danger de chutes de pierres que peuvent entraîner les fissures, les sœurs de Saint François d’Assise accueillent les fidèles pour la messe du dimanche.